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1911

Le 14 décembre 1911,

Cher Journal, 

1911 restera pour moi un année à bannir. Nous étions pourtant tous si heureux et il a fallu qu'il revienne. Comment avons nous pu en arriver là ? J'espérais tellement son retour ... Tout est arrivé bien trop tard. En la personne de ce jeune homme qui était autrefois mon fils bien-aimé, je ne peux que réaliser qu'il n'en est plus rien aujourd'hui. Je peux te l'écrire, mon cher journal ... J'aurai préféré le savoir au fond du jardin avec ses défuntes soeurs plutôt que de voir ce qu'il est devenu. Jr est revenu le 27 décembre 1910, devant notre porte. Accompagnée d'une jeune femme noir que je pensais être sa servante. Après tout, il a grandi dans le luxe ... Avoir ses domestiques aurait été normal. Tout comme moi, Phélomène a reconnu son petit aussitôt. Bien que vingt ans nous avaient séparés, son visage nous semblait si familier ... Elle s'est jetée dans ses bras ... Jr l'a enlacé ... Moi je ne voyais qu'elle. Cette femme, cette étrangère ... Le regard qu'elle lançait fasse aux retrouvailles ne m'annonçaient rien de bon.

Bien plus réservé que Phélomène, j'ai invité Jr à me rejoindre dans la salle à manger. Phélomène est restée avec l'autre femme dehors. J'ai vu que Jr était surpris ... Sans attendre, j'ai demandé quel lien ils avaient tout les deux. En tout franchise, sans une seule once de gêne, Il m'a annoncé qu'elle était sa maitresse. Qu'il ne supportait plus la pression que la société mondaine lui avait mise depuis le décès de son "père", et que par conséquent, il avait fuit ses obligations. Qu'il avait entendu que nous existions et qu'il pensait à renouer avec nous... Que nous accepterions plus facilement sa situation et qu'il apprendrait à vivre de ses mains. J'aurai pu l'admirer ... il me rappelait moi-même à son âge. Malgré tout les efforts de mon père, il n'avait pas réussi à faire de mon fils son héritier et pourtant ... je le haïssais déjà. Comment pouvait-il penser que j'accepterai d'héberger cette femme sans aucune valeur morale ? Et qui plus est ... une femme différentes de nous ? Je n'ai jamais vu ça nulle part ailleurs, et il est hors de question que cette affaire là se passe chez moi, sous mon toit ! De mon vivant, cette fille là ne rentrera pas dans ma maison, ni ne fera parti de ma famille de quelques manières que se soit. Les filles étaient couchées mais pas Georges. Nous n'avions jamais parlé de Jr à Georges, et pourtant, ce soir là, j'ai su qu'il savait. Quand il nous à rejoins, j'ai lu dans ses yeux de la jalousie ... Sans attendre, il a explosé face à son frère... Le prétexte étant la femme noir dehors mais tout s'est mélangé dans ses reproches. J'ai surtout entendu la peur qu'il prenne sa place ... Jr l'a entendu aussi. Sans attendre, il s'est levé ... s'est dirigé vers la porte... Il a prit une grande respiration, s'est retourné et a ajouté: " Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire... Je pars. Aujourd'hui, je suis le fils de personne ... Oubliez moi ! A toi le fils parfait sans aucune faille, n'oublie pas que la vie nous rattrape un jour où l'autre ... méfie toi de tes barrières. Elle te fermeront toutes les portes vers ton bonheur." Il a jeté un dernier regard vers moi... Je l'ai fixé mais je ne pouvais rien dire. Je voulais qu'il s'en aille et qu'il me laisse le souvenir de lui ... d'un gosse de trois ans innocent et pure. La porte s'est fermé puis j'ai entendu Phélomène pleurait. Un dernier câlin envers celle qui l'avait mis au monde ... et il est parti. J'entendrai jusqu'à la fin de ma vie le cri de mon épouse ... son appel.

Et depuis cette fameuse nuit, plus rien ne va. Phélomène ne me pardonne pas d'avoir laisser partir son fils chéri. Elle me reproche sans cesse sa disparition d'il y a vingt ans. Ces sont les même paroles d'autrefois quand nous apprenions l'enlèvement de notre garçon. Elle m'en veut terriblement, je ne sais pas si nous surmonterons cette nouvelle épreuve. Car pour moi, il est au-dessus de mes forces que d'accepter la situation de ce garçon. JAMAIS. Au non JAMAIS ! Le plus cruel dans cette histoire, c'est Phélomène qui en veut aussi à notre Georges. Elle qui était si proche de ce petit, ne le regarde même plus. Et quand elle s'adresse à lui, c'est pour lui parler de ce soir là. Elle lui dit des mots si dur à entendre ... Georges est faible, bien trop sensible pour un jeune homme. J'ai peur à notre avenir ...si tu savais la crainte que j'ai. Phélomène s'éloigne ... comme si la vie n'avait plus d'intérêt pour elle.

Durant le Printemps, Georges semble se rapprocher de Justine. C'est une jeune fille adorable. J'aimerai la voir rejoindre la famille. Elle est un soutien pour lui et il me semble quand elle est là qu'il est heureux. Ils ne sont pas les seuls à batifoler ... Victorine et le jeune Arthur sont amoureux. Il est venu me demander sa main en mars et j'ai accepté. Les voilà tout deux fiancés. J'aimerai qu'ils attendent un ou deux ans avant d'officialiser leur union mais rien n'est sûre...

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Evidemment, nulle besoin de préciser que les filles ne sont pas au courant de cette fameuse nuit. Elles ne savent pas l'existence de ce garçon et il est inutile de leur dire maintenant. Après tout, nous le reverrons jamais. Obligatoirement, elles se demandent bien ce qu'il se passe avec leur mère mais jamais elle n'oseront nous en parler.

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La seule à savoir est Honorine ... Honorine n'a jamais oublié ce petit frère et Phélomène lui en a parlé. Elle n'aurait pas dû. La petite a été tourmenté par la nouvelle est l'enfant qu'elle portait est né mort-né le 2 juillet 1911. C'était une petite fille qu'ils ont appelé Angéline. Cela a été une très grande épreuve pour ma fille et nous avons dû garder ses enfants quelques jours ... Nous avons également reçu la visite d'Apolline et Simone qui ne savait comment réagir face à la détresse de sa pauvre soeur.

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Et les malheurs ne s'arrêtent pas là. Mon pauvre ami Victor est venu m'annoncer que son fils Alphonse est mort le 18 septembre. Le pauvre gosse avait mal tourné et il s'est fait descendre par la police. Que c'est triste .... Victor a un chagrin immense ... il s'en veut de ne pas avoir su garder son fils près de lui. A mon oreille, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Jr ... les deux avaient le même âge ... l'année 1888 devait être maudite...

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En fin d'année ... le cauchemar continu. Pendant une énième dispute ... Phélomène m'a demandé d'ouvrir les yeux sur mon fils restant. Qu'il fallait que j'arrête de voir les défauts de Jr et que je vois ceux de Georges. Que mes deux fils sont des "ratés" d'après ses propres mots. Je ne comprenais pas ... Avec un sourire sournois ... je ne l'avais jamais vu comme ça ... elle m'a dit d'aller dehors et de regarder au fond du jardin ... Que j'y verrai la raison des réticences de Georges face à l'engagement avec Justine. Je n'aurai pas du sortir et pourtant je l'ai fait... Mon monde s'écroule .... Qu'ai-je fait au Tout-Puissant pour mériter des fils comme eux ? L'un qui provoque l'amour avec une femme de couleur et l'autre qui embrasse son meilleur ami ... Je suis atterré ... Je n'ai plus aucune énergie ... C'est simple mon cher journal, je n'ai envie de rien. Juste d'oublier ...OUBLIER !

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E
Oh!  Ce que tu nous préparais là...  pfiou...  On en veut tellement à Honoré :( mais on se dit que dans ces temps anciens, c'était ainsi :(  et on finit par avoir pitié de lui.  Phélomène mourra-t-elle de chagrin comme la maman d'Honoré des années plus tôt, "s'éteindra-t-elle comme une larme sur la joue"?  Je suis inquiète pour tout le monde.  Quel chapitre!  J'ai adoré! ♥
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