Le 14 décembre 1928,
Cher Journal,
Je ne crois pas ce que je vis. Je ne réalise pas à quel point les personnes qui m'entourent me surprennent. Comment peut-on pardonner presque six ans d'absences sans poser de questions? Bref, tel un cadeau, il est revenu le 24 décembre 1927 ... Et depuis, tout le monde est à ses pieds.
D'abord maman. Peut être ont-ils discuter pendant que j'étais à l'école mais ... Elle le regarde comme si elle venait de l'épouser. Comme si de rien n'était ...




Et mes petits frères. Il est revenu avec un petit chien et il n'en fallait pas plus pour que les petits se jettent dans ses bras. Eugène et Raymond ne l'ont jamais connu et pourtant, on dirait qu'il le connaissent depuis toujours. Lui, il joue le père modèle...




Et forcément, mes tantes aussi ... Ooh le petit frère prodigue est revenu ... Tout le monde l'enlace et la famille va se reformer comme avant ?
Ce fut l'occasion de prendre des nouvelles de la famille. Chez tata Honorine, on a apprit que Marie a eu des jumelles cette année. Elles s'appelle Jeannine et Monique. Mireille et Pierre sont toujours pas mariés et vivent encore à la maison. Louise est devenu une jolie adolescente et mon père n'a pu s'empêcher de dire qu'elle ressemblait beaucoup à Emile.



Chez Tante Apolline, ce fut l'occasion de voir que les enfants grandissent bien. Simone, l'aînée de la famille vient de se marier avec un certain Claude Roméo. Elle a donc quitter le foyer. Tonton Auguste a prit un coup de vieux, il a désormais les cheveux gris... il faut dire qu'il a cinquante et un an déjà. Il plaisante en disant que ses deux derniers garnements, Paul et Yvonne, le maintiennent en forme....






Et puis chez Tante Victorine, rien de réellement nouveau. Tout comme les autres cousins, ils poussent tous bien. René a été heureux pour moi du retour de mon père ... mais il n'a rien comprit. Heureusement, André m'a comprit et tout comme moi, il est en colère. Depuis toutes ses années, il sait que je nourris une amertume envers ce père et ... de le voir fanfaronner auprès de la famille comme si son départ était tout à fait normal le rends d'humeur nerveuse. Je sais que je peux compter sur mon cousin et ami André ... pour toujours.




De cette escapade familiale, seule Augustine et Joséphine ne se sont pas agglutinée à lui. Pourquoi? Je ne sais pas .... Peut être lui en veulent-elle ? Bref. Comme je te l'écrivais tout à l'heure, il est venu accompagné d'un chien. Un bâtard. Forcément, Raymond était fou de joie, et du haut de ces cinq ans, il a décidé de l'appeler "Toutou". Eugène l'a tout de suite adopté également. Moi, je ne voulais rien de lui ... y comprit du chien. Et évidemment, c'est avec moi qu'il est tout le temps. Je le rejette, mais il ne comprends rien ... Alors je l'ignore ...




Si tu savais comme de les voir tout les quatre sourire aux lèvres me dégoûte. A les voir, on dirait une famille parfaite. Et pourtant ... Mon père n'a été que très peu présent durant ma vie ... Et je ne comprends pas maman qui semble oublier son absence ... et tout ce qu'elle a dû subir comme rumeurs à cause de lui. Et même avant son départ, il n'était pas un homme bon ... Combien de fois m'avait-il rejeté ? Combien de fois avait-il fait pleurer maman ? Je me souviens encore du regard inquiet de pépère quand il le regardait ... Bref ...Aujourd'hui, il joue le mari idéal ... D'après ses dires, il s'est senti "prêt" à rejoindre la famille. Aujourd'hui il gagne très bien sa vie et aurait réussi à éloigner ses démons du passé ... Pfff ... Rien que de te l'écrire, je n'y crois pas.




A cause de lui, il y a de réelles tensions dans la famille à mon égard. En effet, je ne m'entends absolument pas à avec lui ... Depuis son retour, nous n'avons pas réussi à parler sans se disputer. Maman me réprimande à son tour car elle pense que je devrais faire un effort envers lui. Elle me répète que je ne suis pas "l'homme de la maison" ... Elle qui n'a pas cessé de me dire le contraire durant toutes ses années. Ca me fait bien rire .... Et aussi, je me dispute souvent avec Eugène. Pfff ... il n'arrête de voir ce père comme un "dieu". "Et papa par ci" et "papa par là" ... C'est simple, je pense qu'il a lui aussi oublié qui l'a élevé durant sept ans. Je me sens comme un étranger dans ma famille. Souvent je me réfugie au fond du jardin... sur la tombe de mon pauvre grand-père. Je lui raconte et je sais que là ou il est, il est parfaitement d'accord avec moi ...





Malgré tout ... Cette année reste pour moi une excellente année. Et oui, mon cher journal, je peux te dire que je suis amoureux. Et que grâce à elle, je suis très heureux.



