Le 23 décembre 1914,
Cher Journal,
1914, une année qui restera dans les mémoires. Et pas que dans la mémoire de ma famille ... mais dans celle de tout les Français ayant un père, un époux ou un fils en âge de partir défendre sa patrie. Mon dieu, mon ami Victor avait donc raison ... Les conflits politiques ne se sont pas arrangés et ont même empiré suite à l'assassinat d'un Archiduc en juin 1914 à Sarajevo. Très rapidement, en août, la mairie a affiché cet appel à la guerre sur la porte d'entrée. Tout hommes âgés entre 20 et 48 ans ont dû rejoindre sans délai leur unité d'affectation. Je suis malheureux et blessé par les ordres donnés. Je me sens tellement inutile. Ayant 54 ans, je n'ai pas pu accompagné mon fils et mes gendres. J'aurai pourtant aimé compter parmi les Hommes qui défendent la France honorablement. J'en aurais été tellement fier ... Mais comme le dit Phélomène, je suis trop vieux pour ça ... Bien que les femmes de la maison soient inquiètent, moi je suis plutôt confiant pour les gamins ... la guerre ne durera plus longtemps maintenant...

Pourtant l'année avait bien commençait. Nous attendions tous avec impatience l'arrivé du bébé de Georges et Justine. Je mettais tout mes espoirs sur cet enfant, j'espérais un petit-fils. Mon nom serait sauf. Evidemment, je restais aussi très attentif à la grossesse de ma petite Victorine... Elle semblait plus souffrir que Justine bien que moins avancée dans sa grossesse.






Si la famille s'agrandit d'un coté, elle grandit de l'autre. Les enfants d'Apolline ont maintenant respectivement 1 et 6 ans. Ils sont très mignons et nous aimions aller les voir en compagnie de Fifi. En effet, c'est chez Apolline que sa mère et son frère vivent.




Le 7 avril, Justine a ressenti les premières contractions. Georges, bien que délicat, a été très courageux ... Je t'avoue mon cher Journal que je suis surpris de mon fils. Je l'aurai vu bien plus craintif le moment venu mais il a su soutenir Justine du mieux possible. Je dirai même qu'en me comparant, il est plus fort que moi sur certain point. A la naissance d'Honorine, j'ai refusé de voir souffrir ma femme. Pour la délivrance, Phélomène a tenu à assister Justine. Toujours autant courageuse ma femme ... Après des heures de travail et de souffrance, Justine a mit au monde un fils! Et dieu ... quel bonheur, quel soulagement ! J'ai félicité mon garçon. J'étais si fier de lui ... j'ai crié le nom complet du bébé. "Marcel Honoré Georges De Lahaute" ! Au moins...cinq fois. J'ai pris Phélomène dans mes bras comme je ne l'avais pas fait durant des mois et ... D'une froideur, elle s'est reculée a posé ses mains sur mes épaules et m'a dit " Marcel n'est peut être pas ton premier petit-fils à porter le nom des De Lahaute", puis elle s'est éloignée. Des années à vouloir oublier ce fils aîné ... et Phélomène me le rappelle sans cesse. D'un moment joyeux et chaleureux, elle était parvenue à le rendre froid ... Quelques jours plus tard, le 15 avril, Victorine a mit au monde des jumeaux en bonne santé malgré leur petits poids. Ils s'appellent André et René.




Puis le temps du bonheur en famille a eut une fin. Ce fameux 2 août 1914, les hommes en âge de combattre ont dû quitter leur foyer ... Mon George est parti la boule au ventre. Il avait peur de ne jamais revenir et de laisser sa jeune épouse et son fils. Phélomène était aussi effrayée à l'idée de perdre son "dernier" fils. Les filles Augustine et Joséphine ne semblaient pas vraiment réaliser que leur frère n'allait plus être là pendant quelques temps. Moi je savais que j'avais élever un fils pour qu'il devienne un homme responsable et droit. En partant, il réalisait son devoir de citoyen, celui de défendre son pays ! En lui donnant une poignée de main virile en guise d'au revoir, je lui ai demandé de faire tout de même attention et de revenir dans les meilleurs délais. J'étais fier d'envoyer ce fils pour aider la Nation.






Puis ce fut le départ aussi d'Emile 34 ans, l'époux de Honorine. Marie, Mireille, Pierre et la petite Louise ont enlacé leur papa. Si les aînées et même Pierre ont réalisé le départ d'Emile, Louise n'a pas comprit. La petite n'a que 1 an, et voir sa maman pleurait devant elle a été difficile.






Le départ d'Auguste, 37 ans, fut aussi un arrachement pour Apolline et les enfants. Pourtant de mes gendres, Auguste est le plus confiant et le moins inquiet concernant la guerre et surtout son retour de Guerre. Il semble serein mais Apolline est vraiment très très soucieuse concernant l'avenir. D'autant plus que Simone est très curieuse et pose beaucoup de question. Notamment sur " quand papa reviendra ?"




Et enfin c'est le jeune Arthur, 21 ans, et fraichement papa qui a dû quitter son épouse Victorine. Quitter femme et enfants pour lui est difficile, d'autant plus que leur situation financière est précaire...




Et depuis cette fameuse date ... bien que confiant sur l'avenir, nous attendons avec impatience le retour de nos gosses. Le temps passe ... et dernièrement, nous avons reçu une lettre de Georges, obsolète, en date du 10 novembre 1914:
" Le 10 novembre 1914,
Ma chère épouse, Mes bien-aimés parents et soeurs,
Je me porte très bien aujourd'hui. Hier nous avons eu peur. Mais rien de mal, j'ai seulement une entorse au poignet dû à ma chute dans la tranchée. J'aimerai que la guerre se termine rapidement, vous me manquez. Je vous embrasse bien fort ainsi que le bébé. Georges."
J'aurais espéré des nouvelles plus récentes ... nous attendons encore et encore. En attendant, les filles s'occupent très bien du jardin ... et nous regardons le petit Marcel grandir ... Chaque soir, je pense à mon Georges, à Emile, à Auguste et à Arthur. Evidemment, Phélomène ne peut s'empêcher de me lancer des piques concernant Jr ... et bien que de toutes mes forces, j'essaie de ne pas m'inquiéter pour lui ... je te l'avoue à toi, mon cher Journal, il est mon gamin ... et l'inquiétude qu'un père peut avoir pour son enfant ne s'efface jamais. J'aimerai tant savoir Jr en pleine santé et en sécurité, au même titre que les autres.




