Le 18 décembre 1915,
Cher Journal,
L'année 1915 est passée une fois de plus sans mes fils près de nous. Je m'inquiète, je pensais que la guerre ne durerait que quelques semaines mais cela fait des mois et nous recevions que de rares nouvelles. Qui plus est, des nouvelles qui nous font peurs. Depuis le début de la guerre, cinq hommes provenant de notre village et alentours sont décédés... Par chance, pour le moment, aucun membre de ma famille n'est mort. Enfin, je dois dire que plus les mois passent et moins nous recevons de nouvelles d'eux. Il parait que les courriers sont plus difficiles à acheminer... L'angoisse de la terrible nouvelle nous ronge tous. D'ailleurs cette année, nous avons prit un sacré coup de vieux Phélomène et moi. L'inquiétude en est certainement le coupable ... Depuis quelques mois, je me sens comme oppressé.... comme un poids sur ma poitrine. Pourtant, je ne m'écoute pas ... la vie à la ferme doit continuer et le travail aussi...





Dans cette ambiance de stress, nous pouvons nous évader grâce à nos petit enfants. D'abord, le petit Marcel qui grandit si vite. Il a déjà 1 an passé et il est vrai que nous lui cédons tout. Peut être est-ce pour compenser le départ de son père ? En tout cas, mon petit-fils a du caractère pour son jeune âge et j'aurai tendance à le voir un peu provocateur ... Il n'hésite pas à faire des bêtises devant sa mère. Mais nous ne pouvons lui en vouloir ... Cet enfant est la continuité de notre Georges ... il nous manque tellement. Nous l'attendons tous avec impatience.






Presque du même âge, à peine huit jours les séparent, il y a aussi les fils de ma Victorine, les jumeaux André et René. Ils sont tellement différents tout les deux. L'un adore les câlins et l'autre est plutôt un solitaire qui n'aime que sa mère. Cela promet ... Ma pauvre fille est très inquiète ... Seule avec deux fils d'un an, je suis obligé de subvenir à leur besoin ...




Et puis, les autres un peu plus grand, ils nous arrivent de garder les enfants d'Honorine et Apolline. Bien que je sois triste pour Marcel, René, André, Louise et Jean qui grandissent sans leur père, je réalise qu'il est plus difficile pour Marie, Mireille et Pierre de vivre sans Emile. Tout comme Simone de vivre sans Auguste. J'essaie du mieux possible d'être présent pour eux ... Leur présence me fait tellement de bien ... ainsi qu'à Phélomène.






Je remarque que Joséphine a un don pour aider les gens ... elle arrive à leur redonner confiance et espoir rien qu'en leur parlant ... J'admire ma fille de quinze ans. J'admire également Augustine qui a déjà dix-huit ans. Malgré son âge, le mariage ne lui semble pas important ... "A quoi bon s'attacher à un homme qui devra partir en guerre?" me dit-elle.



Victor, mon cher ami est quand à lui toujours aussi inquiet. Emile et Jacques sont déjà parti en guerre ... il espère tant qu'elle se termine avant les vingt ans de son fils Théodore qui aura lieu en octobre 1916. Sa fille Charlotte est déjà une jolie jeune fille de treize ans. Que le temps passe ... je me souviens de l'époque où il nous annonçait sa seconde noce ...


Mon dieu ... Il a une semaine j'ai fais une promesse à ma Phélomène ...Je lui ai promis que tout ses fils rentreront à la maison bientôt. Qu'ai-je fait ? Malheureusement, je ne peux en rien la tenir ... si la guerre nous enlève Georges, ou Emile, ou Auguste, ou Arthur ...ou même Jr, que puis-je y faire ? Rien ... strictement rien! Je suis en colère de voir que je ne sers à rien ... Mes gosses se battent et risquent leur vie tout les jours tandis que moi ... j'attends. J'attends ce fichu papier qui nous avertirai de la fin de la guerre ... cette lettre de l'un d'eux qui nous dirait que "tout va bien" ... ou ... cette annonce qui m'horrifie rien que d'y penser...
