Le 7 décembre 1916,
Cher Journal,
Quelle horreur .... quelle terrible nouvelle ma pauvre Honorine a reçu en début d'année. Un homme est venu frappé à sa porte ... La mine grave. Il a annoncé à ma pauvre fille aînée que son époux est décédé le 28 novembre 1915 en défendant son pays. Emile n'est plus là .... D'écrire ces mots m'arrachent le cœur ... Honorine est donc désormais veuve à 33 ans ... avec quatre enfants.


La période du deuil est difficile pour ma fille ... il ne faut pas oublié qu'elle connaissait Emile depuis son plus jeune âge. Elle a toujours été proche de lui, et en est très vite tombé amoureuse ...




Bien qu'Emile ne soit pas de mon sang, je l'ai toujours considéré comme un fils ... Nous l'avons connu si jeune, ses parents étaient toujours chez nous ... Je l'ai vu grandir, évoluer et rendre ma fille heureuse. Il a toujours fait partie de la famille.... Je ne me remets pas de cette perte ... Ce gamin était tellement gentil et serviable. Quand cette fichue guerre va t-elle se terminer ? Combien d'hommes devront-ils encore mourir ?



Mon pauvre ami Victor souffre tellement. Evidemment Liliane, son épouse, est proche de lui dans cette nouvelle épreuve mais elle est beaucoup moins atteinte par la nouvelle. Il ne faut pas oublié que pour Victor, c'est son troisième fils qu'il perds et ... je ne peux que le comprendre. En plus du deuil d'Emile, il s'inquiète terriblement pour son cinquième fils. Théodore a eu vingt ans en octobre ... il a dû partir lui aussi en guerre...


Du coté de ma famille, nous essayons de nous remettre de cette terrible épreuve ... Chacun son rythme dans son deuil... Je perçois en Phélomène un changement de comportement ... Elle sourit. Je ne comprends pas... Pourtant, elle semble tellement épuisée. Depuis le départ de Jr, Phélomène ne se confie plus à moi... que se passe t-il dans sa tête ? Sourit-elle pour ne pas pleurer ?




Notre monde tourne autour du petit Marcel. Heureusement qu'il est là ... il nous aide à attendre ... Cette année, nous n'avons pas reçu de lettres de nos garçons ... Je suis inquiet ... j'appréhende toujours le courrier, ou les visites d'inconnus.




Heureusement, nous comptons sur le soutien d'Adélaïde. Notre amie de toujours. Elle souffre bien moins que nous de la guerre ... Evidemment, elle a peur aux bombardements ... mais elle n'a pas d'époux, ni de fils partis en guerre. Ces gosses sont bien trop jeunes pour ça, j'en suis content pour elle. Grâce à ça, elle arrive à nous faire sourire et ses visites nous font terriblement de biens. Son fils aîné Henri a eu 13 ans le 28 septembre, il devient un grand jeune homme.




Cette été, nous avons reçu la famille de Justine. Ce sont de braves gens qui, tout comme Adelaïde, n'ont pas l'inquiétude d'avoir un fils à la guerre. Je m'entends plutôt bien avec eux, et Marcel aime leur compagnie. Les soeurs et frères de Justine sont de jeunes personnes très sympathiques également. Nous avons passé une formidable journée tous ensemble.







Cet Automne, Honorine est venue nous voir. Ma pauvre fille a maigri, elle surmonte difficilement la mort d'Emile. Bien qu'en deuil, elle nous a invité à venir "fêter" les 13 ans de Mireille. La gosse nous voulait près d'elle ... Elle est devenue une jolie jeune fille. Emile aurait été fière d'elle, c'est certain.


En regardant mon petit fils ... j'envie son insouciance. J'aimerai tant revivre cette époque ... ne pas connaître l'inquiétude de demain ... aimer et savourer l'instant présent ... sans se poser la moindre question... Mais c'est impossible! La question me poursuit: Quand mes garçons vont-ils revenir ?
